Germaine Montéro – A mes amis devenus ministres (1957)
Vidéo et paroles

By | 22 février 2017

Paroles de la chanson « A mes amis devenus ministres »
chantée par Germaine Montéro

(   Musique : V. Marceau )

 

  1   Non, mes amis, non, je ne veux rien être;
  2   Semez ailleurs places, titres et croix.
  3   Non, pour les cours Dieu ne m’a pas fait naître:
  4   Oiseaux craintif, je fuis la glu des rois.
  5   Que me faut-il ? maîtresse à fine taille,
  6   Petit repas et joyeux entretien.
  7   De mon berceau près de bénir la paille,
  8   En me créant Dieu m’a dit: Ne sois rien.

  9   Un sort brillant serait chose importune
 10   Pour moi, rimeur, qui vis de temps perdu.
 11   M’est-il tombé des miettes de fortune,
 12   Tout bas je dis: Ce pain ne m’est pas dû.
 13   Quel artisan, pauvre, hélas ! quoi qu’il fasse,
 14   N’a plus que moi droit à ce peu de bien ?
 15   Sans trop rougir fouillons dans ma besace,
 16   En me créant Dieu m’a dit: Ne sois rien.

 17   Au ciel, un jour, une extase profonde
 18   Vient me ravir, et je regarde en bas.
 19   De là, mon œil confond dans notre monde
 20   Rois et sujets, généraux et soldats.
 21   Un bruit m’arrive; est-ce un bruit de victoire ?
 22   On crie un nom; je ne l’entends pas bien.
 23   Grands, dont là-bas je vois ramper la gloire,
 24   En me créant Dieu m’a dit: Ne sois rien.

 25   Sachez pourtant, pilotes du royaume,
 26   Combien j’admire un homme de vertu,
 27   Qui, regrettant son hôtel ou son chaume,
 28   Monte au vaisseau par tous les vents battu.
 29   De loin ma voix lui crie: Heureux voyage !
 30   Priant de cœur pour tout grand citoyen.
 31   Mais au soleil je m’endors sur la plage.
 32   En me créant Dieu m’a dit: Ne sois rien.

 33   Votre tombeau sera pompeux sans doute;
 34   J’aurai, sous l’herbe, une fosse à l’écart.
 35   Un peuple en deuil vous fait cortège en route;
 36   Du pauvre, moi, j’attend le corbillard.
 37   En vain on court où votre étoile tombe;
 38   Qu’importe alors votre gîte ou le mien ?
 39   La différence est toujours une tombe.
 40   En me créant Dieu m’a dit: Ne sois rien.

 41   De ce palais souffrez donc que je sorte;
 42   À vos grandeurs je devais un salut.
 43   Amis, adieu; j’ai derrière la porte
 44   Laissé tantôt mes sabots et mon luth.
 45   Sous ces lambris près de vous accourue,
 46   La Liberté s’offre à vous pour soutien.
 47   Je vais chanter ses bienfaits dans la rue.
 48   En me créant Dieu m’a dit: Ne sois rien.»

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